Chaque nuit, lorsque je dors, lorsque je me meurs
Je m’en vais lentement dans un long corbillard.
Autour de moi, se mortifie toute rumeur
Et le silence dresse ses grands barreaux noirs
Chaque nuit, lorsque je dors, lorsque je me meurs
Dans cet esprit défunt, perplexe et chaotique,
Naissent des photographies de squelettes en pleur.
Ils s’évadent et dans un grondement despotique
Flagellent le Présent, et le Futur a peur
Dans cet esprit défunt, perplexe et chaotique.
L’armée entière, parcourant monts et vallées,
Piétine les champs noirs, se riant de ses dieux.
Cadavres silencieux, aux âmes démembrées,
Vos armures claquent, et je vois au loin des pieux :
L’armée entière, parcourant monts et vallées.
Dans cette fanfare que la nuit organise
Du vin et du cyanure remplissent les verres.
Devant tant d’Horreur, le Malin se tétanise :
Se lève le brouillard, et son parfum d’ether
Dans cette fanfare que la nuit organise.
Braves destructeurs d’âmes perdues en péril
Revenus des enfers, bravant jusqu’à Hadès,
Broyeurs du monde, tuant et brulant chaque ville !
Brisez-moi encore de vos mains vengeresses,
Braves destructeurs d’âmes perdues en péril !
Il fallut que tu reviennes, ah ! Sombre silhouette
M’envelopper de linge noir et m’embaumer !
Amas de souvenirs, immobile mais maudite statuette,
Toi, triste Muse du malheur et du pécher,
Il fallut que tu reviennes, ah ! Sombre silhouette.
Au fond de mon cœur, mécanique déjà morte
Cette nuit sans étoiles sera la dernière ;
Car telle un froid Mistral, tu enfonces ma porte !
Tu vaincs le doux Bonheur, et tout devient de pierre
Au fond de mon cœur, mécanique déjà morte.
De tes formes abjectes, que l’Horreur maçonne,
Tu façonnes la geôle de mon horizon,
Tu pénètres mes pensées, incroyable espionne !
Au fond de moi-même naissent alors les cloisons
De tes formes abjectes, que l’horreur maçonne !
Tu es la ville où s’assemblent mes maux anciens :
Chacun de tes pavés respire la douleur,
Tes bâtisses sont de sang, sang qui est le mien,
Sous ta voûte céleste aux gris nuages en pleurs !
Tu es la ville où s’assemblent mes maux anciens.
Pour cela, je te hais, et je souhaite te fuir,
Ville inhumaine aux couleurs devenues si fades !
Car vivre ici ne servirait mon avenir,
Parce que le Malin dresse tes palissades,
Pour cela, je te hais, et je souhaite te fuir.
Un masque théâtral au sourire de glace,
Statue immortelle, comédien en action,
Sombre mannequin enfermé dans l’illusion,
Simule une joie dont il a perdu la trace.
Quand le soleil disparaît, la noirceur l’efface
Il quitte son corps, devient âme en perdition.
Son passé, son présent, entrent en collision,
Et du choc, l’explosion remonte à la surface !
Son armure riante ôtée, ne reste plus
Qu’un pauvre cadavre ambulant, au cœur déchu.
Ses joues deviennent un lit, et s’y pose un torrent,
Redevenu lui, il s’effondre dans les pleurs.
Échappé des regards, superficiels tyrans,
L’Homme se retrouve, et a cessé d’être acteur.
Il est en ce monde un chemin repoussant
Que nul n’emprunte sans être sujet
A une folie quelconque, ou d’esprit dénué
Car il est le loup qui guette l’innocent
Lorsque ce chemin abscons nous apparaît
Par défi ou dépit, certains osent s’y engager
Ses arbres sont de fer, rouages endiablés
En émanent des vapeurs à l’odeur détraquée
La proposition est brève, sitôt le choix fait
Les racines amorphes en deviennent les geôliers
Et les Cieux ou l’Enfer, face à cette destinée
N’osent intervenir, n’offrant aucun miraculé
Chaque pas doit être savamment préparé
Le hasard n’est pas pièce de cet échiquier
La moindre erreur de l’animal hésitant
Déclenche horreurs, maux et tourments
De ceux qui empruntent cette voie
Malheureuses figurines à l’esprit maladroit
Au corps instable et aux pensées dérangées
Le reste de l’univers fait sa risée
Sur eux, propos flatteurs et diffamatoires
Car ils voient en eux naître un art maléfique
Des fous, les doigts s’illuminent d’une force mystique
Et ils saignent soudain le papier d’encre noire
Sous le joug de cette magie, leurs pensées s’ouvrent trop
Leurs cinq sens vivent un monde nouveau
Là où tous dorment, ces poètes s’éveillent
Génies civils de la cité des merveilles
Pour eux la vie est une beauté immonde
On les craint et les admire, tels une boîte de pandore
Car si leurs veines sont d’encre, leurs vers sont d’or
Et dans la souffrance qu’est la leur, ils écrivent le monde
Un fier navire sillonne la mer
De peur qu’elle ne s’en empare
C’est un navire aussi laid que fier
A la coque rayée de toute part
Il traverse les champs de glace isolée
Sombres icebergs tentant de l’emprisonner
Ce n’est désormais plus son affaire
Il les laisse dériver droit vers les enfers
Ce bâtiment s’est suffisamment écorché
Au contact de ces glaces éternelles
Il sait qu’une fois la voile levée
Elle ne sont plus qu’artificielles
Il fait fi de ces barrages glacés
Passe au travers, comme si inexistants
Évite vagues, torrents et vents affolés
Pour arriver au port, bout de son océan
Je voulais t’écrire quelques alexandrins
Et te laisser entrevoir mon monde en déclin
Mais le poète est hypocrite, narcissique
Se flattant de rimer sur un ton dramatique
Je voulais te jouer quelques compositions
Et te laisser toi-même y trouver ta chanson
Mais le musicien n’est qu’un sombre vaniteux
Qui fait chanter le bois et se voit comme Dieu
Je voulais te dessiner quelques paysages
Et laisser tes rêves parcourir leurs rivages
Mais le dessinateur est un mégalomane
Certain que la perfection, de son être, émane
Je voulais te filmer quelques péripéties
Et te voir ressentir ce que j’ai ressenti
Mais qui pratique cet art est simple tricheur
Aidé du hasard, il se nourrit de nos pleurs
Alors j’ai décidé de ne rien faire du tout
Et d’espérer que tu comprendrais, après coup
Que nul n’est besoin de talent pour être bien
Et qu’être artiste ne nous perfectionne en rien
Horloge incessante, tic tac trop bruyant
Ça tourne, repasse, et ça revient, pourtant
J’avais brisé le mécanisme il y a des jours et des heures
Mais la trotteuse continue de répandre le malheur
Albatros blessé, sur mon triste rivage
Où je promets enfin de rester toujours sage
Je respire des mois, et étouffe soudain
La trotteuse tourne, le temps s’éteint
Et apparaît sur l’horizon de ma haine
L’ombre d’un passé qui jamais ne se tait
Mes ailes sont cassées, je m’envole à peine
Elle m’enveloppe, me torture et le sait
Une fureur nauséabonde de temps oubliés
Revenue soudain, fuyant son sablier
Je claque du bec, accélère, gestes vains
Elle brise encore mes os, je ne suis plus rien
L’horloge tourne, les cadavres sont en pleur
La trotteuse glisse, le sang grouille sur mes maux
Nuage noir dissipé, je sais que tu reviendras bientôt
Prendre tout ce qu’il me reste, entretenant la douleur
Dans la danse infernale, création humaine
Mon échine est soudain traversée d’un long pieu
Mon sang coulant à flot sous un soleil de feu
Rendant souffrant mon corps, affaiblissant ma haine
Me voulant pourfendeur de ces faiseurs de peine
Mon courage fuyant, mais point de larmes aux yeux
J’attaque, deviens soudain le pal de l’un d’eux
Et tombe, vide, ma résistance fut vaine
Cercle de vie, terrain de joie, couvert de sang
Assassinat en règle et visages riants
On s’amuse et on tue, triste sort qu’est le mien
Ma douce Andalousie, nostalgie de mon coeur
On me met à mort, et la corrida prend fin
Pour leur jeu, faible, dans le sable, je me meurs
Comme vous pouvez le remarquer, je me suis essayé à l’écriture d’un sonnet selon les règles du sonnet français. Si vous remarquez une erreur, merci de me la signaler.